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Le
19 octobre 1995, le cadavre, à moitié calciné, de Bernard Borrel,
magistrat français, est retrouvé au pied d'une falaise à Djibouti. Le
jour même et alors qu'aucune autopsie n'a été effectuée, le chef de la
mission de coopération française envoie un télégramme diplomatique
annonçant que « Monsieur Borrel a mis fin à ses jours ».Le magistrat
français enquêtait sur différentes affaires - trafics d'armes, attentat
du café de Paris - dans lesquelles était impliqué le président actuel,
Ismael Omar Guelleh, alors chef de cabinet de son oncle, le chef d'Etat
Hassan Gouled Aptidon.
L'affaire aurait pu
en rester là si la femme de Bernard Borrel, Elisabeth Borrel - qui n'a
jamais cru à la thèse du suicide - ne s'était pas battue pour connaître
la vérité.
Sans doute par crainte de perdre une base militaire française et une
capacité d'intervention dans une zone sensible sur le plan
géopolitique, les autorités politiques françaises ont multiplié,
pendant 10 ans, pressions et manipulations pour empêcher qu'éclate la
vérité. Malgré cela, la thèse de l'assassinat de Bernard Borrel a
finalement été confirmée par des expertises médico-légales, ordonnées
par les autorités françaises, en 2003.
Un meurtre déguisé en
suicide
Dès février 1997, plusieurs légistes français doutent du suicide de
Bernard Borrel. Aucune trace de suie n'est décelée dans les poumons de
la victime, ce qui signifie que la victime ne respirait plus au moment
de la combustion. Par ailleurs, la présence très importante de liquide
inflammable sur le haut du corps de la victime, et la quasi-absence de
ce liquide sur le bas du corps, mettent en doute la thèse de
l'auto-aspersion. Si Bernard Borrel s'était auto-aspergé d'essence,
debout, comme le prétend la thèse officielle, davantage de pétrole
aurait été retrouvé sur ses jambes.
En juin 2003, le corps de Bernard Borrel est exhumé. De nouvelles
expertises médico-légales sont effectuées. Les toxicologues découvrent
sur la victime la présence de deux liquides inflammables. Or sur les
lieux du drame, un seul jerrycan d'essence a été retrouvé. L'absence
d'un second récipient prouve que Bernard Borrel n'était pas seul au
moment de sa mort. Les légistes découvrent sur la victime une fracture
du bras (réflexe de défense) et un traumatisme crânien provoqué par un
instrument tranchant. Des résidus de cannabis sont par ailleurs
retrouvés dans la poche du short de Bernard Borrel. Or les analyses de
cheveux prouvent qu'il n'en a jamais fumé. La présence de cannabis
conforte la thèse d'une mise en scène : faire croire qu'il s'était
drogué avant de se suicider.
Le mobile du meurtre
En 1990, un attentat est commis au Café de Paris, à Djibouti. L'enfant
d'un militaire français est tué. Le juge Roger Le Loire est saisi de
l'instruction. En 1994, il fait appel à Bernard Borrel, pour l'aider
dans l'enquête. Selon des témoins djiboutiens, le magistrat français
aurait découvert l'implication du président Guelleh dans cet attentat
et dans un trafic d'armes. Cela pourrait expliquer son assassinat.
Les intérêts français à
Djibouti
Djibouti abrite depuis des décennies la plus importante base militaire
française en Afrique (2.800 hommes), ainsi qu'une énorme station
d'écoutes captant toutes les communications du Proche-Orient. Jusqu'à
peu, l'aide financière de la France représentait environ 60 % des
ressources de Djibouti. Mais depuis les attentats du 11 septembre 2001,
la France est vivement concurrencée dans son « pré-carré ».
La position géostratégique privilégiée de Djibouti - au coeur de la
Corne de l'Afrique et en face de la péninsule arabique - dans la guerre
contre le terrorisme est convoitée par plusieurs armées occidentales.
Des militaires européens allemands, espagnols, italiens y sont
implantés. Une base militaire américaine a été créée en 2001,
permettant à 1.500 « marines » de s'entraîner en terrain désertique. La
présence d'un port et d'un aéroport modernes ont également permis à
l'armée américaine de mettre en place un système régional de veille
maritime et aérienne, pour tenter d'empêcher l'infiltration d'éléments
du réseau Al-Qaida sur les côtes yéménite, somalienne ou kényane.
Bénéficiant du soutien appuyé des américains (octroi d'une rente de 31
millions de dollars par an en échange de la présence américaine sur le
sol djiboutien ; visite du président Ismaïl Omar Guelleh à Washington,
en janvier 2003), Djibouti est en mesure de revoir ses alliances, si la
France ne met pas un terme aux demandes d'audition répétées de la
justice de plusieurs hauts responsables djiboutiens sur l'affaire
Borrel. Se pourrait t-il, que par crainte de perdre une base militaire
française et une capacité d'intervention dans une zone sensible sur le
plan géopolitique, les autorités françaises aient été tentées de
maquiller ce crime en suicide ?
Une volonté d'étouffer
l'affaire ?
La progression de l'instruction est régulièrement entravée, depuis près
de 10 ans, par des blocages et des pressions émanant directement des
autorités françaises : différentes procédures visant les avocats
d'Elisabeth Borrel, le Syndicat de la magistrature français et des
témoins décisifs ayant osé impliquer l'entourage présidentiel
djiboutien.
Le 29 janvier 2005, alors que la juge Sophie Clément, en charge du
dossier, fait connaître son refus de transmettre le dossier Borrel aux
autorités djiboutiennes - estimant que cette demande est un
détournement de procédure - le ministère des Affaires étrangères assure
qu'une copie du dossier d'instruction sera transmise à la justice de
Djibouti. Bien que le Syndicat de la magistrature ait dénoncé « une
nouvelle immixtion inadmissible de l'exécutif dans le cours de
l'instruction judiciaire concernant l'assassinat du juge Borrel » et
saisi le Conseil supérieur de la magistrature, cette violation du
principe de la séparation des pouvoirs n'a suscité aucun rappel à
l'ordre du Garde des sceaux de l'époque, Dominique Perben.
Le 17 mai 2005, à l'occasion d'une réception donnée par la France pour
le chef de l'Etat djiboutien, le président français a même réaffirmé
son soutien au président Guelleh et a rappelé la justice à l'ordre, en
insistant sur la durée excessive de cette procédure. Alors que le
président Guelleh est convoqué comme témoin par la justice française,
le Quai d'Orsay a fait savoir qu'il était normal qu'il ne réponde pas à
cette convocation compte tenu de son immunité de chef d'Etat.
L'Etat français tente également de restreindre la liberté d'expression
des journalistes sur les développements de l'affaire Borrel via les
autocensures de Radio France International sur ce sujet et via la
multiplication des poursuites pénales visant les journalistes et les
organes de presse (Libération, Le Monde, Golias, Canal plus, Canard
enchaîné), « coupables » de s'être écartés de la thèse officielle du
suicide qui a prévalu jusqu'en juin 2000.
Affaire Borrel : la justice française veut entendre le chef des
services secrets
http://www.rfi.fr/actufr/articles/061/article_33194.asp
L'assassinat du juge Borrel : une affaire Dreyfus
http://www.survie-france.org/article.php3?id_article=128
L´assassinat du juge Borrel: la justice à l´épreuve de la raison d´état
http://www.syndicat-magistrature.org/article/591.html
Extrait du site
http://www.cyberacteurs.org/
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